Arriverderci e buongiorno

Salambo a quitté Rome pour des contrées plus lointaines, au-delà de la mer Méditerranée et du vaste désert d’Afrique du Nord. Elle a attéri à Addis Ababa en Ethiopie. Plus de grands palais ni de galeries de peinture ou musées séculaires, finies les promenades et déambulations au hasard des ruelles et jardins de la ville éternelle. La vie à Addis est bien autre, moins riche, plus démunie, même si deux millénaires d’histoire y sont aussi présents.

Pour combler le vide laissé par Rome, et essayer de remplacer les richesses esthétiques de cette ville, je me tourne vers l’intérieur, vers moi-même car je ressens ce que Dante exprimait si bien dans le Chant premier de sa Divine Comédie, à mi-chemin sur le parcours de ma vie, je dois retrouver ma voie (et ma voix!):

 Nel mezzo del cammin di nostra vita 

Mi ritrovai per una selva oscura

Chè la diritta via era smarrita.

Ah quanto a dir qual’era, è cosa dura

Esta selva selvaggia e aspra e forte

Che nel pensier rinnova la paura! 

à suivre…

Publié dans Vivre à Rome | 7 commentaires

Le parfum du printemps à Rome

Quand je quitterai Rome, son parfum de jasmin et de chèvrefeuille me manquera. Dès que le printemps arrive, cette fragrance réjouissante est présente partout dans la ville et ses jardins.

Publié dans general, Vivre à Rome | Laisser un commentaire

Raphael à la Villa Farnesina

Raphael était le peintre favori de la Rome de la Renaissance. D’après l’historien de l’art Giorgio Vasari,  il était tellement plaisant et agréable qu’il charmait tout le monde au Vatican, à part son rival Michel-Ange. C’est le pape Jules II qui le fit venir à Rome en 1508 pour redécorer les appartements du pape précédent, le redouté Alexandre VI de la famille Borgia. Jules II le détestait tellement qu’il voulait effacer toutes les traces de son passage dans les palais apostoliques. Il fit appel à Bramante, Michel-Ange et Raphael. Ce dernier était le plus jeune des trois, et s’etait déjà fait une réputation à Urbino et à Pérouse où il avait travaillé dans l’atelier du Pérugin.  Au Vatican, il réalisa ses célèbres chambres, dont notamment la Chambre de la Signature où il peint l’école d’Athènes et la dispute du Saint Sacrement. Rapidement, il se fit connaitre à Rome, où la noblesse se disputait ses talents.

Agostino Chigi, riche banquier siennois et trésorier du Pape, qui se faisait construire une prestigieuse villa le long du Tibre dans le quartier de Trastevere, s’assura bien d’obtenir lui aussi les services de Raphael. Il le chargea autour de 1513 du programme de décoration interne, alors que l’architecture de la villa avait été confiée à l’architecte siennois Baldassare Peruzzi.  Avec celle-ci, ce dernier développa le concept de villa péri-urbaine, qui contrairement aux palais romains de forme carrée, s’articulait autour de deux ailes entourant une loggia s’ouvrant sur les jardins. Raphael et son école, en particulier son élève Jules Romain, y réalisèrent le cycle de fresques inspiré du mythe d’Eros et de Psyché.  La plupart furent d’ailleurs peintes par la main de Romain, sur des dessins préliminaires de son maitre. Raphael réalisa personnellement la fresque de Galatée dans la pièce à coté. D’autres artistes tels que Sodoma et Sebastien del Piombo participèrent eux-aussi au programme de décoration.

Le mariage d'Eros et Psyché, moment culminant du mythe

Chigi fit construire cette villa pour sa maitresse Francesca Ordeaschi, une courtisane qui réussit à s’élever grace à ses charmes aux plus hauts rangs de la noblesse romaine. Tous les thèmes utilisés dans la décoration se rattachent à l’amour et à la séduction.

detail des trois graces et Eros

Au premier étage de la villa, Peruzzi réalisa la chambre des perspectives dans laquelle il peint des vues en trompe-l’oeil de la Rome de l’époque. On y célébra le mariage de Chigi à sa maitresse en 1519.

Perspective en trompe-l’oeil de la ville de Rome

Certaines des fresques sont d’ailleurs abimées par des graffiti. Ceux-ci datent du passage des Lanquenets, armée de mercenaires d’origine allemande au service de Charles Quint, qui détruit une grande partie de la ville lors du sac de Rome en 1527.

Une fois marié, Chigi ne profita pas longtemps de sa villa. Il mourut en 1520, la meme année que Raphael (qui avait à peine 37 ans). La villa fut partiellement délaissée jusqu’à son rachat en 1580 par le Cardinal Alexandre Farnese. Ce dernier avait le projet ambitieux de créer un domaine Farnese s’étendant jusqu’à son palais de l’autre coté du Tibre. Michel-Ange avait meme imaginé de construire un pont pour relier les deux rives, mais il ne fut jamais réalisé à cause du cout élevé et des complications techniques.

Publié dans Art et culture, general, Rome de la Renaissance | Laisser un commentaire

Les trésors byzantins de l’Italie

En allant de Rome à Ravenne en Emilie-Romagne, on a l’impression non seulement de changer de région, mais de changer de pays à tel point le contraste est marqué. Mise à part la langue, tout y est différent: les paysages, la façon dont la ville est organisée, l’architecture, les maisons et dans une certaine mesure la cuisine.

Ravenne est aujourd’hui une ville de taille moyenne sur la cote adriatique, mais dans le passé, elle fut un des centres les plus importants de la péninsule. En 402, elle devint la capitale de l’Empire d’Occident, lorsque l’empereur Honorius, le premier à régner uniquement sur cette partie de l’empire, décida de s’y baser pour échapper à la menace d’Alaric I, le roi wisigoth qui venait d’entrer en Italie. Dans cette période très troublée, l’Empire venait d’etre divisé par son père Théodose I qui lui donna la partie occidentale et la partie orientale à son frère Arcadius. Ravenne demeura la capitale jusqu’à la chute de l’Empire romain, marquée par la prise de Rome par Alaric I en 476. A la suite des invasions barbares, les Ostrogoths, dirigés par Théodoric le Grand, s’y installèrent. A sa mort en 526, sa fille Amalasunta lui succéda, mais elle fut assassinée quelques années plus tard en 535. Cette date marque la fin du règne des Ostrogoths et le passage de la ville en territoire Byzantin. Bélisaire, célèbre général de l’empereur Justinien, venait d’envahir l’Italie et d’en faire une province byzantine. Il choisit Ravenne comme siège de sa préfecture.

Décoration intérieure de la basilique de San Vitale

Au cours des Vème et VIème siècles, la ville connut une période de croissance et de prospérité, comme en témoignent les trésors artistiques, en particulier les magnifiques mosaiques, qui demeurent presque intacts de cette période. Ils justifient à eux seuls un séjour dans la ville.  Parmi les plus importants, on retrouve les mosaiques de la Basilique de San Vitale ainsi que celles du mausolée voisin de Galla Placidia, la fille de Théodose et soeur d’Honorius. Galla Placidia fut emmenée en Gaule par Alaric lors du sac de Rome, et épousa son successeur Ataulf. A la mort de son mari, elle retourna chez son frère à Ravenne où elle joua un role politique et culturel important, notamment dans la promotion des arts et de la nouvelle religion. Son mausolée, édifié au milieu du Vème siècle, est le plus ancien monument de la ville.

l'impératrice Theodora et sa suite

Les très raffinées mosaiques de la Basilique San Vitale sont principalement sur le thème de la christianité, soulignant la ferveur des temps pour cette jeune religion.  Dans le choeur, la figure du Christ domine majestueusement toute l’église, avec à sa droite, une image de l’empereur Justinien et ses aides, et en face de lui, son épouse, l’impératrice Théodora. La tete de Justinien est entourée d’un halot doré, comme celle du Christ, pour bien montrer qu’il est son représentant sur terre.  Des scènes choisies de l’Ancien et du Nouveau Testament ornent les panneaux latéraux, alors que sur la voute, les quatre évangélistes, à savoir, St Jean, St Luc, St Marc, et St Matthieu apparaissent. On les retrouve d’ailleurs souvent dans les églises de Ravenne. San Vitale, construite selon un plan octogonal, est un des exemples les plus importants d’art et d’architecture byzantins, et l’un des seuls à nous parvenir de l’époque justinienne. Elle fut commencée en 527 par les Ostrogoths, et achevée une vingtaine d’années plus tard, alors que Ravenne était passée sous domination byzantine. Parmi les autres joyaux de la ville, on compte le baptistère des Ariens qui contient des représentations en mosaique uniques du bapteme du Christ par St Jean Baptiste. Avec à sa gauche Dieu le père et au-dessus de lui, la colombe incarnant le St Esprit, il représente la Trinité, image rare dans un temple arien car ces derniers ne reconnaissaient pas la doctrine de la Trinité.

Baptème du Christ et image de la Trinité dans le baptistère des Ariens

La ville moderne est également très plaisante, avec son ambiance détendue mais suffisamment en mouvement pour vouloir y passer quelques jours. Le centre est petit, on peut facilement s’y déplacer à pied ou à bicyclette. A beaucoup d’égards, Ravenne est à l’opposé de Rome.

Publié dans Art et culture, general, l'Italie en dehors de Rome | Tagué , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

La Colonne de Trajan déroulée

Trajan fut l’un des grands empereurs romains, abile chef militaire se distinguant notamment par ses victoires dans la province romaine de Germanie. Une fois parvenu à la tete de l’Empire, qu’il dirigea de 98 à 117, il exerça le pouvoir avec justice, tolérance et respect. Comme ses predecesseurs, il fut un grand batisseur, donnant à la ville de Rome un forum, le plus grand jamais construit, une bibliothèque et le marché portant encore son nom. Ces monuments si admirés contribuèrent eux aussi à sa gloire. Une de ses conquetes les plus mémorables une fois empereur, fut celle de la Dacie (aujourd’hui Roumanie) qui permit à l’Empire d’étendre ses frontières au maximum jusqu’aux rives de la Mer Noire.  Cette grande victoire militaire est gravée pour toujours sur la colonne triomphale qui se tient glorieusement au milieu des ruines du Forum de Trajan.

Colonne de Trajan dans le Forum

A l’époque cette colonne était une véritable innovation artistique. Pour la première fois, l’histoire de campagnes militaires était gravée en images autour d’une colonne de marbre de Carrare, composée de reliefs sculptés sur 23 blocks cylindriques d’un mètre de haut et de 3,5 mètres de diamètre.  L’histoire de la guerre commence au bas de la colonne et se déroule jusqu’au sommet dans une spirale longue de 200 mètres. La colonne, érigée en 113, s’éleve à une hauteur d’environ 40 mètres rivalisant ainsi avec le Mont Quirinal voisin, et suggérant l’importance de Trajan. Dans le symbolisme romain, plus la colonne était haute, plus le personnage était important. C’est le Sénat qui la commanda à Apollodore de Damas, grand architecte de l’Empereur, pour justement célèbrer la gloire de ce dernier.

Des moules en platre

Vers le milieu du XIXème siècle, lorsque l’archéologie devenait une science, un moule complet de la colonne fut réalisé, pour en faire des copies. Une de ces séries est conservée aujourd’hui dans le Musée de la civilisation romaine dans le quartier de l’EUR, et c’est peut etre une des pièces les plus intéressantes du musée. Les reliefs sont exposés l’un après l’autre tels qu’ils apparaissent sur la colonne, permettant ainsi aux visiteurs d’en apprécier la qualité. A certains endroits ils sont de meilleure qualité que les originaux parce que, conservés à l’intérieur, ils ont été préservés de la pollution et des intempéries.

moules en platre de la colonne

L’histoire, composée de 2500 personnages sculptés, commence par les légions romaines traversant le Danube sur un pont en bois. Ces dernières construisent ensuite leur camp en préparation à la guerre imminente. L’empereur Trajan apparait au moins 60 fois sur les reliefs, car il était présent sur le champs de bataille pendant toute la durée de la guerre, et a personnellement conduit ses soldats. Certains des ennemis sont représentés portant des armures plutot exotiques ressemblant à des écailles de poisson. Les villages et huttes daces sont sculptées avec beaucoup d’attention aux détails, ainsi que les scènes de guerre violentes. L’histoire se termine par la mort de Décébale, le roi dace redouté par les romains.

Détail: construction d'un camp romain

Une statue de l’Empereur couronnait la colonne, mais elle fut remplacée au VIIème siècle par celle de St Pierre, toujours présente aujoud’hui. On pense que la statue de Trajan fut transportée à Constantinople à l’époque. La colonne novatrice inspira de nombreuses colonnes par la suite, dont notamment celle de Marc-Aurèle sur la place Colonna au centre de Rome.

www.museociviltaromana.it

Publié dans Art et culture, Rome antique | Laisser un commentaire

Lumière sur le Moyen-Age

De la fin de l’Empire romain en 476 jusqu’à la Renaissance au XVème siècle,  Rome n’était plus au centre du monde. Le pouvoir politique s’était transféré ailleurs et la production artistique interrompue, du moins c’est l’impression qu’on en a aujourd’hui.

Cependant, il reste dans la ville quelques témoignages d’une vie riche en créations artistiques durant le Moyen-Age, mais ces dernières sont éclipsées par l’art classique et la flamboyance du Baroque.  Le monastère des Quatre Saints Couronnés sur le Mont Célio derrière le Colisée  en est un des meilleurs exemples.  Il semble aujourd’hui isolé du reste de la ville, mais au Moyen-Age, il avait une position stratégique sur la via papale ou route des papes, la route aujourd’hui disparue qui conduisait de la Basilique de Saint-Jean-de-Latran au Vatican.

A l’intérieur du monastère, tenu à présent par des religieuses Augustines, la petite chapelle de Saint Sylvestre abrite un rare exemple de fresques du XIIIème siècle, représentant la vie de l’Empereur Constantin et celle du Pape Sylvestre. Selon l’histoire, Constantin fit don au Pape Sylvestre de la ville de Rome, après que ce dernier l’eut guéri de la lèpre. C’est un moment historique car il représente le transfert de pouvoir sur la ville de Rome de l’Empereur au Pape, et par conséquence la suprémacie du Pape sur le pouvoir politique. Constantin règna de 306 à 337 AD et fut le premier Empereur à se convertir au christianisme, tandis que Sylvestre fut Pape de 314 à 335.

Bapteme de Constantin par le pape Sylvestre

Le cycle de fresques anonyme décrit en image la maladie de Constantin et le reve qu’il fit d’aller chercher Sylvestre pour le guérir; le bapteme de Constantin dont l’eau sacrée le guérit, et enfin la donation de Rome à Sylvestre. Ces images d’avant Giotto peuvent sembler naives dans leur représentation, mais elles ont une harmonie dans les couleurs et de grandes qualités narratives, et meme s’il nous est parfois difficile de comprendre la pensée de l’homme à cette époque, nous pouvons tout de meme en apprécier leur beauté. D’autant plus que la chapelle est intime, et que peu de visiteurs y sont admis en meme temps. J’y ai rencontré du monde une seule fois, autour de la période de Noel.

Le dernier jugement sur une des parois avec en-dessous des épisodes de la vie de Constantin et de Sylvestre

Le monastère reste un endroit où les religieuses vivent au quotidien. Un de leur rites est de chanter a cappella dans l’église principale tous les après-midis vers 15 heures juste avant l’ouverture au public. Lors de ma première visite, je suis arrivée par hasard au moment où elles commençaient leurs chants. Je me suis assise à les écouter, c’était une belle manière de me couper de ma vie quotidienne et me préparer à apprécier l’endroit.  Adjacent à l’église, se trouve un petit cloitre où des ruines romaines ont été trouvées lors de récents travaux de rénovation.

Les Quatre Saints Couronnés font référence à deux groupes de martyrs: le premier étant un groupe de quatre soldats romains, dont les noms etaient inconnus pendant leur martyre mais qui furent révélés plus tard par le Seigneur, d’après la Légende Dorée de Jacques de Voragine. Le deuxième groupe représente des tailleurs de pierre chrétiens en Dalmatie qui refusèrent de sculpter une représentation d’un dieu paien pour l’empereur Dioclétien. Ce dernier ordonna de les enterrer vivants et de jeter leur cercueil à la mer. L’empereur Dioclétien, qui règna de 284 à 305 AD était particulièrement despotique. Il fut l’un des rares empereurs à abdiquer et se retira dans son palais de Split, aujourd’hui incorporé dans le centre historique de la ville croate.

Publié dans Art et culture, Eglises romaines, general, Rome antique | Tagué , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Urbi et Orbi

Difficile d’écrire sur Rome sans faire mention du Pape et de sa présence encore dominante sur la ville. Comme le veut la coutume le jour de Paques et de Noel, le souverain Pontife donne sa bénédiction à la ville de Rome (urbi) et au monde entier (orbi). Après six ans passés à Rome, je suis finalement allée sur la place St Pierre pour cette célèbre bénédiction. Comme je m’y attendais, la place était surpeuplée, et j’ai eu du mal à trouver un petit coin d’où j’avais vue sur le balcon de la Basilique où apparait le Pape. Son discours était monotone, et l’ambiance sur la place traduisait un évènement systématique, minutieusement organisé et planifié, plutot qu’un moment chaleureux et humain.

Publié dans Eglises romaines, Vivre à Rome | Tagué , , , , | 2 commentaires